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Mille et un jours...

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Cafard - chapitre 12/12

Les tribulations d'un cafard durant la première guerre mondiale.

Après la publication au fil du temps et sur une dizaine de pages de larges extraits de la correspondance du jeune Henri, je pensais avoir fait le tour de la question jusqu'à la découverte par Sylvie de la "pépite du carton", à savoir le poème « Le poilu d’Orient ».

1

Brr... ! Qu’il fait froid j’ai la peau des mains qui gèle
Les doigts restent collés au manche de la pelle
Dis donc Poilu, pourquoi ne dis tu rien ce soir
Aurais tu le caffard ?... Près de moi viens t’assoir
Apporte ton fusil nous allons tuer...les heures
Fais voir un peu tes yeux – Vrai ! Poilu tu pleure
Ah ! Ah ! Et bon pauvre vieux mais de quoi te plains tu
Puisque le fait est vrai, bien qu’extraordinaire
On va faire un état pour les permissionnaires

II

Je sais tu n’y crois plus et tu sourit quand même
Pour nous ce n’est qu’un mot mais ce mot la on l’aime
Et permissionnaire est un rêve riant
Que vous avez tous fait Ô poilus d’Orient
C’est l’oubli des rancoeurs qu’on croyait éternelles
Tac, tac, tac...La mitraille effleure le boyau
C’est le coeur si léger qu’il semble avoir des ailes
Ne pleure plus poilu car je sais un tuyau
Du cuistot qui l’apprit du cabot d’ordinaire
On va faire un état pour les permissionnaires

III

Voici 18 mois 1 que tu quitta la france
Le coeur un peu serré mais rempli d’espérances
Tu te souviens Poilu d’avoir dit au revoir
A la cité française en levant ton mouchoir
Pendant qu’on s’éloignait sur une mer sans huile
Tu pensait simplement qu’il est loin mon clocher
Et le bateau glissait acclamé par la foule
Kling...c’est un scrapnel qui vient de ricocher
La blessure aujourd’hui serait mauvaise affaire
On va faire un état pour les permissionnaires

[1] Henri avait quitté la France le 16 Octobre 1915. Voir le chapitre Méditerranée

IIII

Depuis sans un regret pour ta force gachée
Fidèle à ton devoir tu vis dans la tranchée
Le jour la nuit la pelle ou la pioche à la main
Avec un seul espoir recommencer demains
L’été c’est la fournaise et l’hiver le cloaque
Mais pour récompensé ta gloire et ton travail
Toi qui ne peux lâcher l’outil que pour l’attaque
On t’appel je crois « L’embusqué de Sarrail »
Ton courage poilu vaut un meilleure salaire
On va faire un état pour les permissionnaires

Poème « Le Poilu d'Orient »

V

Ta maison sur le dos sans cesse tu chemine
Torturé par la soif la faim et la vermine
Ton exil n’est fait que de maux de tracas
La lettre qu’on t’écrit tu ne la recois pas
De même des colis œuvres de mains pieuses
Alerte au gaz!!! Rabat ton masque sur le nez
Tombé face à face est une mort glorieuse
Il ne faut pas poilu mourir assassiné
Votre coup est manqué Bulgares sanguinaires
On va faire un état pour les permissionnaires

VI

Et nul ne chantera Poilu ta renommée
Chemineau de Sarrail Paria de l’armée
Ta gloire est pour toi seul on ne te connais pas
On n’ignore ta vie et même ton trépas
Depuis des mois tu tiens sans repos ni sans trêve
Peut être qu’on voudrait te relever. Mais.. Mais..
Tu tiendras jusqu’au bout et quant a la relève
Pensons y donc toujours et n’en parlons jamais
Les Poilus d’Orient deviendraient légendaires
Vite dressez l’état pour les permissionnaires

VII

Tu te souviens poilu de l’attaque dernière
Quel élan ! Qu’elle ardeur ? Qu’elle audace guerrière
Toujours prêt à bondir farouche et frémissant
Tu pataugeas huit jours dans la neige et le sang
Assis dans un fauteuil moelleux et confortable
Sais tu ce qu’il lira le superbe embusqué ?
Les pieds sur les chenets , le café sur la table
« Pour l’Orient ma foi rien au communiqué. »
Que fait-il donc labas l’corps expéditionnaire
Les poilus j’en suis surs sont tous permissionnaires

VIII

Pour fêter la victoire ô misérables hères
Qui connut le tréfond de l’humaine misère
Tu n’auras même pas la consolation
D’entendre de tous la grande ovation
Quand tu arriveras près de l’arc de l’Etoile
On te regarderas comme un inconscient
Car chez eux les poilus auront tous mis les voiles
Et tu resteras seul chemineau d’Orient
« Chemineau d’Orient » dira le dictionnaire
Poilu toujours au front jamais permissionnaires

Fait le 21 Mai 1917 aux tranchées de 1ère ligne - Environ de Monastir
Poème « Le Poilu d'Orient »