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Mille et un jours...

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Cafard

Les tribulations d'un cafard durant la première guerre mondiale.

Nous retrouverons dans les pages qui suivent des extraits de la large correspondance du jeune Henri avec ses parents ou sa soeur Suzanne; un récit truculent restitué "dans le jus" au plus près de sa langue d'origine, coquilles incluses.

Classe 1914

...heureusement que j’ai pu trouver des connaissances je suis avec un Marchand de Seurre et un de Vôsne Romanée tous trois dans la même compagnie Je les ai connus pour des gars débrouillard mais je vous promets qu’aujourd’hui ils sont plus embarassés que moi ; ils ne veulent presque rien manger ; mais moi je fais feu sur la gamelle.

Henri Labelle, Besançon, le 6 Septembre 1914 35° Régiment Infanterie, 31° compagnie

Les bleus rapliquent tout les jours en grands nombres ; il y en a encore arrivés une quarantaine aujourd’hui Jai entendu parler qu‘ils allait faire partir la classe 1915 mais je me demande ou ils vont les loger ; il y en a pleins les casernes et chez presque tout les particuliers ; le long des rues on voit que des soldats

Henri Labelle, Besançon, le 9 Septembre 1914

Presque tous les soirs nous allons faire un tour en ville avec les copains pour tuer le temps Mais je ne me fais pas de bile plus que 1088 jours demain matin

Henri Labelle, Besançon, le 12 Septembre 1914

...moi le temps me dure encore pas trop mais je ne veux pas vous dire que je m’y plait je vous dirais des mensonges ; voila 9 jours que j’y suis et il me semble qu’il y déjà 9 mois

Henri Labelle, Besançon, le 15 Septembre 1914

Au Valdahon

on etait diablement mieux nourris ici c’est mieux fait mais la ration n’est guère forte ; c’est surtout le pain qui manque on en a un quart de boule a midi et autant le soir mais avec ca il faut couper sa soupe 2 fois ; vous comprenez qu’il n’en reste plus guère après et c’est tout les jours du riz pour changer on ne mange jamais de pomme de terre ; heureusement que je couche a coté du caporal qui me donne de temps en temps sa part de viande du pain et un quart de jus en plus ; au moment ou je vous ecris on apporte du macaroni pour la première fois ce n’est pas trop tôt car je n’en pince pas pour le riz.

Henri Labelle, Valdahon, le 04 Octobre 1914

il nous est arrivés une drôle d’aventure ; il n’y avait que notre compagnie qui marchait commandée par notre capitaine et un sous lieutenant je ne sais pas si ils ne savaient pas lire leurs carte ou quoi en tous cas ils se sont egarés dans le camp ca ne c‘est jamais vu ; je sais bien que le camp est grand plein de bois de trous de broussailles mais ca ne fait rien pour des officiers ce n’est pas chic ; c’était notre section qui formait l’avant garde nous marchions en colonne par quatre tout a coup le sous lieutenant qui marchait en tête nous fit signe de nous arrêter il avait entendu siffler une balle a peine etions nous arréter qu’une nouvelle balle venait de siffler juste au dessus de notre tête et allait traverser un bouquet d’arbres en faisant craquer les branches au même moment notre sergent qui avait été envoyez en patrouille arrivait arrivait sur nous a toute vitesse une balle était venue s’enfoncer en terre a deux mètres de lui ; ce n’était pas le moment de fumer la pipe notre capitaine nous avait fait traverser la zône du champ de tir ou les candidats au brevet militaire tiraient sans discontinuer depuis le matin

Henri Labelle, Valdahon, le 09 Octobre 1914

je vous promets que s'il faut que je fasse trois ans là dedans je vais m’y faire des cheveux ce n'est pas qu'on n’y est malheureux mais moi quand je vois le soleil il me faut le grand air et les champs et surtout La liberté

Henri Labelle, Valdahon, le 01 Novembre 1914

Je suis bien content d'avoir ma ceinture de flanelle et mon cache-nez ; c'est tout ce qu'il me faut car vous savez je serai assez charger pour partir ce qui ne va pas bien tarder car nous avons toucher nos 120 cartouches et notre paquet de pansement ce matin ; on a noirci nos gamelles et nos boutons on a toucher aussi nos livrets et nos médailles d'identité on s'attend à tout moment à toucher les vivres de réserve et à partir

Henri Labelle, Valdahon, le 13 Novembre 1914
Voilà les Turcos
Voilà les Turcos: gare aux fesses!!!

...aujourd'hui je profite que c’est dimanche pour vous répondre et pourtant les dimanches on est 4 fois de plus embêter que la semaine ce matin le commandant a passé la revue et tantôt on nous a tout fait découdre nos boutons de capote pour les noircirs au feu et après ce n'a pas été une petite affaire que de recoudre ca ; j'en ai eu pour tout l'après-midi heureusement que c'était consigné
...nous couchons dans un grenier sous les tuiles il fait des courants d'airs on est gelé ; pour me coucher je gratte la paille jusqu'à ce que je trouve le plancher et je me fourre dedans le trou ; nous nous serrons les uns contre les autres pour nous réchauffer si on était seul on serait gelé le lendemain car c’est encore pire que chez nous il gèle a glace avant hier il a neiger toute la matinée

Henri Labelle, Valdahon, le 22 Novembre 1914

...il m'a dit qu'il dit y en avait quatre de tués à Labergement ; vous ne m'en avez pas parler sur vos lettres.

Henri Labelle, Valdahon, le 2 Décembre 1914

En attendant qu'on aille voir les ventres a choucroutes je vous embrasse bien fort et pense souvent à vous.

Henri Labelle, Valdahon, le 9 Décembre 1914

Tout ce que je regrette c'est de n'avoir pas pût sortir avec toi je t'aurais fais voir Besançon mais tu a vu que malgré tout ce que j'ai fais je n'ai pas put avoir de permissions, il n'y avait pas 1 minute que tu étais partis que le caporal a été trouver le lieutenant pour tacher d'avoir la permission pour moi et mon camarade mais il a refuser nettement c'était inutile d’insister.

Henri Labelle, Valdahon, le 14 Décembre 1914